Exposition personnelle du 3 avril au 8 mai 2009
Karma PhuntsokDans un coin de son studio, monté sur un mur au niveau du regard, se trouve une étagère de métal, sur laquelle sont disposés plusieurs bols en cuivre remplis d’eau, une bougie allumée, deux petites statuettes, et une photo de sa sainteté le Dalaï Lama.
Pour Karma Phuntsok, l’eau, libre et pure, est le don le plus simple et le plus précieux, la chandelle répand la lumière, les statuettes sont le rappel de la manifestation incarnée. Quant au portrait du Dalaï Lama, il incarne le héros par excellence, évoquant pour lui des souvenirs d’enfance brouillés par les larmes, le jour où il fut assez privilégié pour être introduit en la présence de celui qui, dit-il, rend peu à peu le monde meilleur et plus beau.
Cette petite étagère exprime toute la reconnaissance de l’artiste pour ses expériences passées.
Green TaraKarma Phuntsok ne sait pas vraiment quel est son âge. Il quitta la ville de Lhassa et prit le chemin de l’exil avec ses parents, la même année que le Dalaï Lama. C’était en 1959 et sa mère pense qu’il pouvait avait sept ans à l’époque. Comme la plupart des tibétains, sa famille était sans le sou en arrivant dans la province de Sikkim, en Inde. Toutefois, l’esprit de vaillance des tibétains n’est pas pauvre, et quoique vivant humblement, la famille Phuntsok s’accommoda à son nouvel environnement et sa nouvelle demeure. Son éducation fut dispensée pendant dix ans dans les camps de refugiés. Fidèle aux valeurs de courage et d’abnégation de sa lignée ancestrale, parvenu à l’âge de travailler, il trouva un emploi comme mécanicien et conducteur de bus.
Avec le temps il s’intéressa aux arts ce qui le conduisit à devenir l’apprenti d’un peintre de thankhas. Cette discipline consiste à figurer des divinités. Ces images sont des outils de méditation et chacune est exécutée rigoureusement selon la tradition. Comme le jeune élève montrait beaucoup d’habileté et d’avenir dans ce métier, il fut admis a vivre avec son maître, ne le quittant pas d’une semelle de la journée.
« Il n’y a rien de mystique dans la conception et la réalisation des thangkas », dit-il. « Il suffit de contrôler son corps et son esprit. C’est une affaire de pratique et d’expérience, les deux pieds sur terre ». La seule préparation des couleurs était pourtant une affaire qui pouvait prendre des semaines entières : réunir les pierres dispersées sur de grandes étendues puis, à l’aide d’outils traditionnels, tels que le mortier et pilon, les ingrédients sont broyés soigneusement. Quant à la toile tendue sur un châssis de bois et enduite de colle de lapin et de craie, il fallait qu’elle résonne comme un tambour avant de commencer la peinture proprement dite. Une formation traditionnelle, donc.
Vajra En 1978, alors qu’il vivait encore au Nepal, Karma Phuntsok rencontra une américaine qui visitait la région, Carol, née à Kalispell dans le Montana. Celle qui devait devenir son épouse lui fit découvrir la vie et l’œuvre de Guru Rinpoche, le grand maître indien qui introduisit au 8eme siècle le bouddhisme au Tibet, et que le peintre ne cessera de solliciter comme figure tutélaire tout au long de ses années de production.
Monet TaraSon arrivée en Australie suscita une créativité nouvelle chez Karma Phuntsok. L’expérimentation devint la méthode avec laquelle il parvint à déterminer son style propre. Les techniques traditionnelles acquises en Inde furent mises à profit pour évoquer sa nouvelle vie dans sa nouvelle patrie. Entre 1982 et 1984, il fut "artiste en résidence" à l’institut Chenrezig, une fondation bouddhiste située à Eudlo, dans le Queensland. Il s’employa à couvrir le hall de méditation de centaines d’images colorées et assura l’enseignement d’arts plastiques auprès des élèves. En 1985, il déménage pour s’installer à « Vajradhara Gonpa », perché dans les hautes montagnes qui surplombent Collins Creak et Clear Springs près de Kyogle. Pendant cette période Puntsok présenta son travail dans plusieurs grandes manifestations à l’occasion de fêtes tibétaines, en en particulier lors du « Tibet Himalaya Festival » à Melbourne (1989); de l’année du Tibet à l’université de Sydney (1990); et le "Tibet Fair" à Sydney (1991). A partir de cette époque, sa production connut une diffusion significative auprès d’un public élargi à l’occasion de la Biennale de Sydney (The Art Gallery of NSW), ainsi qu’à la galerie Mori à Leichhardt. Karma Phuntsok reçut une commande officielle afin de produire plusieurs tableaux destinés à la prestigieuse Access Gallery (National Gallery of Victoria) à l’occasion de la visite du Dalaï-Lama en Australie. En parcourant l'exposition, Sa Sainteté exprima spontanément son admiration pour sa contribution et cet épisode reste un des souvenir des plus chers de l’artiste.
La peinture tient une grande place dans le ménage des Phuntsok, ponctuée par l’aménagement de leur cottage situé au beau milieu d’une clairière du bushland de Green Pigeon, au nord de Kyogle. L’énergie est solaire et aucun des équipements modernes ne font défaut, car Karma et son fils ne dédaignent pas le dernier cri en matière d’électronique. La vaste pièce de réception ouverte sur la végétation luxuriante répond à la vaste ouverture de conscience dont Karma Phuntsok nous invite à partager l’étendue sans limite.
David Lake