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"Extraits choisis"
du 17 décembre 2008 au 10 janvier 2009
Vernissage le mercredi 17 décembre à partir de 18h30
Lorsque le visiteur se présente pour la première fois aux abords de l'ermitage de verdure de Raymond Dumoux, il mesure dans l'instant toute la singularité du personnage. Une ferme isolée, la campagne française qui s'étend à perte de vue. Le village est à quelques kilomètres mais la ville est loin.
Dans le logis, chaleureux et rural, des souvenirs en grand nombre ornent les murs. De menus objets, touchants de simplicité, luisent dans la demi-clarté d'une fin d'après-midi hivernale. On les entendrait presque chuchoter entre eux. On boit un verre de vin doux. Une vie consacrée à l'art tient toute entière entre ces murs. On y découvre une œuvre inclassable et méconnue.
Dans les dépendances de la ferme, telle une belle endormie, trente-cinq années de production artistique reposent à l'abri des regards. Des centaines de gravures et de dessins sont rangés minutieusement auprès d'innombrables toiles et autant de sculptures qui attendent sagement leur heure. Quelle promenade ! On fait le tour du monde ! Panoramas géants, reconstitutions historiques, on pense à des décors de théâtre ou d'opéra. D'un côté les trompettes de l'Apocalypse, mais de l'autre, une Nativité toute d'émotion contenue.
On découvre la passion du Christ sur le Mont des Oliviers devant le Calice de Souffrance ; la main voilée qui refuse ; le bras découvert qui la cache et accepte… N'est-ce pas la même attitude que celle d'Endymion dans ses songes (une toile voisine dans l'atelier), éternellement endormi, et qu'aima passionnément Séléné, la déesse de la Lune ? Si l'on veut bien se souvenir que les sculpteurs des sarcophages romains paléochrétiens représentaient le mythe d'Endymion pour figurer l'Espérance de la Vie éternelle après la mort terrestre, des correspondances apparaissent : Endymion endormi préfigure le Christ ressuscité au milieu de ses disciples assoupis. D'étranges et profondes résonances s'établissent dans le silence pour former une sorte de polyptyque éclaté, illustrant les liens de l'Occident chrétien avec ses origines grecques.
Cet art nous paraît familier mais les repères nous échappent. Ce qui frappe d'emblée, c'est l'intimité que nous ressentons avec cette figuration, qui semble connue, comme venue du fond des âges.
Mais, à bien y regarder, ces œuvres posent vite question : à quoi se référer, et à qui ? Aux fresques de Pompéi ? A celles de nos églises romanes ou gothiques ? Ou encore aux tourments expressionnistes du XXe siècle ?
Serait-ce pour cette raison que l'œuvre de Raymond Dumoux paraît tellement singulière ? Elle échappe au temps, car l'artiste se joue des époques et des styles.
Primitif visionnaire, Raymond Dumoux est très conscient de ce qu'il met en mouvement dans son travail. Il s'agit pour lui de réactiver les mythes, les symboles, et le Spirituel dans l'Art. Il s'agit de rendre visible un monde où le spirituel et le profane ne font plus qu'un, ne sont qu'une seule et même réalité... Universalité d'une Création en mouvement, et foisonnement passionnant du réel.
Que la scène soit paisible ou agitée, le calme qui rayonne des œuvres de Raymond Dumoux donne en partage une vision bienveillante et distanciée du Monde. Nulle projection égotique dans ce travail : l'artiste s'efface, pour ainsi dire, afin de laisser toute la place au dévoilement des mystères de la création, aux grands chapitres de l'Histoire sainte comme de l'histoire humaine. Raymond Dumoux retrace le parcours de l'Homme dans sa totalité, son parcours depuis les origines. Il opère un rapprochement entre les scènes bibliques et ses visions cosmiques. Son magnus opus l'illustre de façon spectaculaire : un ensemble monumental d'une quarantaine de toiles de cinq mètres sur trois chacune, consacrées à l'histoire de l'Humanité, du passé au futur.
Spécialiste de la peinture a tempera, Raymond Dumoux fait montre d'une démarche inversement symétrique de celle des peintres actuels : c'est en partant de l'abstraction qu'il évolue vers cette stupéfiante figuration. On ne peut s'empêcher de songer au regard divin posé sur le Monde, dans toute sa complexité, sa richesse et ses contradictions...
Prenons tout notre temps afin de nous perdre dans le labyrinthe spatio-temporel de Raymond Dumoux, de nous laisser happer par l'expérience qu'il nous propose. Par ailleurs, on s'étonnera, en empruntant ce parcours, de ces matériaux bruts, de ces objets pleins d'humour, trouvés au hasard de ses promenades, et assemblés selon une logique ou une intuition précises, formant ce qu'il appelle lui-même, son « Cabinet de Curiosités ».
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