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Alors que nous vivons au quotidien le phénomène planétaire de la mondialisation, ce village global où les continents ne sont éloignés les uns des autres que de quelques heures de vol, voire quelques secondes par Internet ; où se télescopent passé, présent et futur de l'humanité ; à l'heure où nous disposons de toute la documentation nécessaire grâce aux nombreuses traductions des textes fondateurs rendus disponibles pour la première fois à notre époque, il peut nous apparaître enfin clairement que la Spiritualité est une, comme une est notre terre, une notre condition.
Cette Spiritualité principielle, toujours vivante, toujours jaillissante, a donné naissance à une multitude de formes religieuses particulières qui, tout en prospérant au sein des communautés humaines qui les ont accueillies, se sont cristallisées, densifiées et institutionnalisées. Ces formes religieuses que nous appelons "religions" nous semblent aujourd'hui surtout devoir s'opposer dans leurs croyances et leurs usages tant il est vrai qu'elles paraissent parfois plus soucieuses de rivaliser entre-elles que de mener les hommes sur le chemin du salut.
Le poète çûfî persan, Sanaï de Ghazna, écrivait déja au XIe siècle : Trois aveugles rencontrent un éléphant dont chacun palpe à tâtons un membre. - Cet animal a la forme d'un tapis, dit celui qui palpe l'oreille. - Non, d'un tuyau, déclare celui qui touche la trompe. - D'un pilier, affirme celui qui enlace la jambe. Ainsi la plupart des hommes ne voient qu'une partie de l'univers, leur esprit est meublé de fantômes. Et, dans le Livre d'Akbar d'Abou'l Fazl (XVIe s), nous lisons : Un jour je visite l'église, un autre jour la mosquée ; mais de temple en temple, je ne cherche que Toi.
Aussi notre démarche, qui se propose de présenter de l'art sacré pluriconfessionnel, ancien et moderne, en restituant les œuvres dans leur vocation première de véhicules symboliques, vise-elle à rendre compte de l'unité secrète qui sous-tend les formes particulières : la convergence de toutes les traditions spirituelles vers la même réalité intangible.
Ce qui nous intéresse de présenter au public, ce sont les oeuvres qui, par delà les formes spécifiques propres à leur éclosion dans le temps et dans l'espace, parviennent à nous faire toucher du doigt la palpitation commune et universelle. La religion d'avant la religion. Cet Océan vers lequel coulent toutes les rivières.
La galerie cherchera donc à exposer les œuvres dont la raison première est de contribuer à l'élucidation de l'énigme persistante que constitue pour nous la réalité, en réorientant le regard vers l'intérieur, vers la possibilité d'une transcendance.
En complément à l'exposition permanente de collections d'iconographie religieuse à caractère ancien ; nous entendons promouvoir la jeune création qui donnera à voir ou mieux, à entrevoir, ce qui précisément n'est pas visible.
La galerie a pris le nom de métanoïa, car ce terme grec qui désigne un au-delà de l'entendement, et que l'on retrouve tant chez Platon que dans les Evangiles, nous a paru le mieux en mesure de réconcilier toutes les traditions, le plus adapté à transcrire la vocation originelle de toute Spiritualité : l'acte de transcender la clôture mentale de la pensée discursive et discriminante jusqu'à permettre un changement de conscience. Autrement dit : l'éveil à notre véritable nature.
crédit photo : hélène hubert
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